L’incroyable talent de chanteur de nos poissons-coffres

33413170-30806021Une très sérieuse étude scientifique menée par des chercheurs de Polynésie et de Belgique a découvert que le poisson-coffre est capable d’émettre deux sons simultanément, un exploit que l’on pensait réservé à quelques espèces d’oiseaux chanteurs…

Chanter deux notes en même temps est un prodige dont les meilleurs chanteurs humains sont totalement incapables. Jusqu’à présent, on pensait que seules certaines espèces d’oiseaux possédaient ce don. Pourtant, un article scientifique publié dans le prestigieux journal Nature en mars révèle qu’un des habitants des lagons polynésiens réalise cet exploit tout naturellement : le poisson-coffre.

Cette étude a été menée par des chercheurs de l’Université de Liège en Belgique et de l’IRCP-Criobe en Polynésie française (Institut des Récifs Coralliens du Pacifique – Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement).

Ils ont découvert que le poisson-coffre produit deux sons en même temps : « des longs trains d’impulsions de faible amplitudes sonores qui font penser à un bourdonnement (‘hum’) entrecoupés par des pulsations isolées et éparses (‘clic’) mais d’une amplitude 10 à 40 fois supérieures. Les chercheurs font ici l’hypothèse que le poisson contracte une paire de muscles pour produite les « hums » et pourrait simultanément contracter une autre paire de muscles pour créer le ‘clic' » explique un résumé de l’étude publié par l’IRCP.

Oscillogrammes représentant les « hums » et « clics »Oscillogrammes représentant les « hums » et « clics »

Un poisson-coffre pintade (crédit : Fishpedia.fr)

L’étude se concentre sur deux espèces, le poisson-coffre pintade (Momoa en tahitien) et le poisson-coffre jaune (Momoa afata), communs dans nos lagons. Si la performance polyphonique de ces deux espèces est inédite dans le monde sous-marin, les chercheurs expliquent bien que le « chant » des poissons en général est désormais bien établi par la communauté scientifique.

LE RÉCIF « CHORALIEN »

En effet, comme l’expliquent les scientifiques dans leur article, nous savons aujourd’hui que 30% de toutes les familles de poissons de récifs sont capables de communiquer par le son. « La communication acoustique des poissons tient une place très importante au sein des écosystèmes coralliens où différentes espèces de poissons produisent des sons spécifiques au moment de la reproduction, de la ponte ou en cas d’affrontement entre individus. Compte tenu de l’importante population d’espèces capables d’utiliser le canal acoustique, différents scientifiques anglo-saxons surnomment maintenant ce milieu le ‘choral reef’, passant ainsi du récif corallien au ‘récif chorale’ pour souligner la présence de chants à plusieurs voix. » Nous pourrions même proposer le néologisme « récif choralien » pour ce concept !

Concernant le poisson-coffre, on savait déjà qu’il est « capable d’émettre trois types de son différents : des ‘hums’ pendant l’accouplement, des ‘bumps’ en cas de compétition entre mâles et des ‘buzz’ pour les autres types de confrontation entre individus (attaque ou fuite par exemple). Cette étude ajoute un nouveau son (ces ‘clics’) et démontre la possibilité de combinaison entre les sons qui semble être unique ! Cette complexité de l’outil de communication acoustique, à la fois par sa structure et par le répertoire sonore qu’il peut engendrer, appuie l’hypothèse que ce mode de communication doit avoir une fonction essentielle dans le mode de vie du poisson-coffre. »

Schéma de l’appareil sonore du poisson coffre, avec en saumon les muscles transversaux extrinsèques et en vert les muscles longitudinaux intrinsèques (crédit : E. Parmentier)

Schéma de l’appareil sonore du poisson coffre, avec en saumon les muscles transversaux extrinsèques et en vert les muscles longitudinaux intrinsèques (crédit : E. Parmentier)
Si le mécanisme exact qui permet au poisson-coffre de créer des sons n’est pas totalement élucidé, les scientifiques émettent l’hypothèse qu’il procède comme les autres « poissons chanteurs », même s’ils n’émettent qu’un seul son à la fois : « Ce mécanisme sonore utilise une vessie natatoire (organe qui aide à la flottabilité des poissons) en forme de T sur laquelle viennent s’ancrer deux muscles disposés perpendiculairement l’un à l’autre. »

 

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